Insalubrité persistante au pont de Kimbely : à Mamou, le civisme en panne face à un fléau grandissant

Au cœur de la ville de Mamou, le pont de Kimbely, point de passage stratégique entre plusieurs zones d’habitation, offre aujourd’hui un visage préoccupant. Jadis assaini grâce à une mobilisation communautaire exemplaire, ce lieu est de nouveau envahi par des amas d’ordures ménagères : sachets plastiques, déchets divers, couches usagées… Un spectacle désolant qui s’aggrave à l’approche de la saison des pluies.
Pourtant, il y a quelques mois à peine, les habitants de Kimbely 1, appuyés par leur conseil de quartier, avaient réussi à redonner à cet espace une certaine propreté. Mais les efforts consentis semblent aujourd’hui compromis par des actes répétés d’incivisme.

Interrogé sur place, le président du conseil de quartier, Mamadou Lamine Dramé, ne cache pas son amertume face à cette situation qu’il qualifie d’alarmante :
« Ce pont constitue l’entrée principale du quartier. Nous avons engagé des actions de nettoyage avec les jeunes et les bonnes volontés. Mais malheureusement, certaines personnes continuent de salir les lieux, souvent la nuit ou même en pleine journée. À peine nettoyé, le site est de nouveau souillé. »

Selon lui, une grande partie des auteurs de ces actes ne résiderait pas dans le quartier. Il pointe notamment du doigt des individus en provenance des zones marchandes, qui profiteraient de leur passage pour se débarrasser de leurs déchets :
« Ils arrivent à moto ou en tricycle, parfois même en route vers le marché. Les ordures sont emballées et jetées discrètement. Certains vont jusqu’à confier ces déchets à des personnes vulnérables pour les déverser à leur place. »

Face à cette situation, le conseil de quartier a tenté d’innover pour dissuader les contrevenants. Une prime de 200 000 francs guinéens a été promise à toute personne permettant d’identifier un pollueur. Une mesure renforcée par une collaboration avec les forces de sécurité, prévoyant une amende de 500 000 francs guinéens pour les contrevenants pris en flagrant délit.
Mais sur le terrain, ces dispositifs peinent à produire des résultats concrets.
« Jusqu’à présent, personne n’a été interpellé. Nous ne pouvons pas nous substituer à toute la population. Le combat doit être collectif », insiste M. Dramé.

Autre symbole du manque de civisme : une plaque d’interdiction d’y déposer des ordures, installée sur le site, a tout simplement disparu, vraisemblablement emportée ou détruite par des inconnus.
Malgré les campagnes de sensibilisation menées auprès des habitants, notamment à travers les leaders religieux et les relais communautaires, les comportements inciviques persistent. Le président du conseil évoque même une expérience personnelle marquante :
« Un jour, une dame a jeté un sac de déchets juste devant moi, alors que je passais. C’est ce genre de comportement qui pose problème. »
Au-delà de l’aspect esthétique, cette insalubrité constitue une menace réelle pour la santé publique, surtout à l’approche des fortes pluies, propices à la prolifération des maladies.
Le cas du pont de Kimbely illustre ainsi une problématique plus large : celle du manque de civisme et de responsabilité citoyenne. Malgré l’engagement des autorités locales et des habitants, la lutte contre l’insalubrité reste entravée par des comportements individuels nuisibles.
Aujourd’hui, l’urgence est claire : sans une prise de conscience collective et un respect strict des règles d’hygiène, ce point névralgique de Mamou risque de se transformer durablement en dépotoir à ciel ouvert.
Ibrahima Molota Soumah, correspondant à Mamou pour Planete7.info
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