Justice guinéenne : entre attentes élevées et vigilance après la nomination d’Ibrahima Sory II Tounkara

La désignation du magistrat Ibrahima Sory II Tounkara au poste de ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, continue de susciter de nombreuses réactions au sein de la corporation judiciaire guinéenne. Parmi les voix les plus attendues, celle de Maître Théodore Michel Loua, avocat au barreau de Guinée, se distingue par un mélange de satisfaction mesurée et d’exigences fermes à l’égard du nouveau chef du département de la Justice.
Joint par notre correspondant à N’Zérékoré, ce jeudi 5 février 2026, l’avocat estime que cette nomination repose avant tout sur un parcours professionnel solide et une expérience avérée dans des dossiers sensibles. Pour lui, le choix porté sur Ibrahima Sory II Tounkara pourrait marquer un tournant pour une justice guinéenne en quête de crédibilité, d’indépendance et de réconciliation avec les citoyens.
Maître Loua dit accueillir favorablement l’arrivée du nouveau ministre, qu’il affirme bien connaître pour l’avoir côtoyé dans plusieurs contextes judiciaires d’envergure.
« Je suis satisfait de la nomination d’un jeune magistrat que j’ai eu l’occasion de suivre et d’observer dans sa pratique. Je l’ai vu à l’œuvre lors des audiences criminelles, notamment dans le dossier du 28 septembre, mais aussi lorsqu’il présidait le tribunal de première instance de Macenta. C’est un magistrat calme, rigoureux, doté d’une certaine sagesse dans sa manière de conduire les débats », témoigne-t-il.
L’avocat estime que ces qualités personnelles et professionnelles constituent un socle encourageant pour la conduite du département de la Justice. Mais il prévient : cette étape marque surtout l’entrée dans une phase autrement plus complexe.
Pour Maître Loua, la principale épreuve pour le nouveau ministre réside dans le changement de posture : quitter la robe du juge pour endosser la responsabilité politique.
« Juger un dossier et conduire une politique pénale sont deux exercices fondamentalement différents. En tant que ministre, il sera désormais comptable des orientations du gouvernement. La vraie question est de savoir s’il saura résister lorsque ces orientations entreront en contradiction avec la loi », souligne-t-il.
L’avocat rappelle que cette fonction constitue un test majeur d’intégrité, citant Abraham Lincoln :
« Pour connaître la personnalité d’un homme, il faut le mettre face à l’argent et au pouvoir. »
Selon lui, Ibrahima Sory II Tounkara devra préserver son indépendance intellectuelle, refuser toute instrumentalisation politique de la justice et s’opposer à toute instruction manifestement illégale, s’il veut rester fidèle à son image d’homme de droit.
Au-delà des discours, Maître Loua attend surtout des résultats tangibles, notamment sur le terrain sensible des droits humains et de la lutte contre l’impunité.
« Sera-t-il en mesure de faire engager des poursuites pour des violations graves des droits de l’homme connues de tous mais restées sans suite judiciaire ? Je pense notamment aux événements de Zogota depuis 2013, ou encore à ceux du 1er décembre à N’Zérékoré », interroge-t-il.
L’avocat évoque également des pratiques toujours dénoncées par les organisations de défense des droits humains, telles que les disparitions forcées, les arrestations arbitraires et les détentions illégales.
Pour lui, la crédibilité du nouveau ministre se mesurera à sa capacité à faire appliquer la loi sans distinction de statut, de fonction ou d’appartenance politique.
« Il ne peut y avoir de justice crédible sans égalité devant la loi. Tous les citoyens doivent être traités de la même manière », insiste-t-il.
Dans un contexte marqué par une défiance persistante envers l’institution judiciaire, la nomination d’Ibrahima Sory II Tounkara suscite à la fois espoir et prudence. L’opinion publique, tout comme les professionnels du droit, attend désormais des signaux forts à travers les premières décisions du nouveau ministre.
Plus que les intentions, ce sont les actes, la cohérence des choix et la capacité à résister aux pressions politiques qui détermineront si cette nomination incarnera réellement l’amorce d’une justice plus indépendante, plus équitable et plus proche des citoyens.
Pépé Blaise Théa, correspondant à N’zérékoré pour Planete7.info
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