Fadima Diawara : du rêve Kunfabo à la refondation technologique et productive de la Guinée

Après avoir marqué l’histoire de l’innovation en lançant Kunfabo, présenté comme le premier téléphone portable « made in Guinée », Fadima Diawara sort de sa réserve. Dans un entretien accordé au site EcoFinanceGuinée, l’entrepreneure et innovatrice guinéenne revient sans détour sur la genèse de ce projet emblématique, les obstacles qui ont freiné son déploiement, mais surtout sur sa vision renouvelée du développement technologique et économique de la Guinée et de l’Afrique.
Pour Fadima Diawara, Kunfabo n’a jamais été un simple produit commercial. Le projet est né d’un constat qu’elle juge toujours d’actualité : l’Afrique consomme massivement des technologies qu’elle ne produit presque pas. « Mon ambition allait au-delà de la commercialisation d’un smartphone. Je voulais ouvrir une voie vers la souveraineté numérique », explique-t-elle.
Pensé comme un outil adapté aux réalités africaines, Kunfabo qui signifie « être en contact » en malinké devait intégrer des applications utiles à la vie quotidienne, notamment dans les domaines de la santé, de la culture et des services de proximité. À travers ce projet, l’objectif était clair : inscrire la Guinée dans la chaîne de valeur technologique mondiale. « Le “Made in Guinea” n’est pas un slogan identitaire, mais une trajectoire stratégique », insiste-t-elle.

Lancée en 2016, l’initiative Kunfabo s’est toutefois heurtée à de lourdes contraintes structurelles. À l’époque, la Guinée ne disposait ni d’unités d’assemblage adaptées, ni d’un écosystème logistique et industriel capable de soutenir un tel projet. À cela se sont ajoutées des difficultés de financement, freinant durablement l’ambition initiale.
Avec le recul, Fadima Diawara reconnaît que ce projet nécessitait un accompagnement plus solide et des soutiens stratégiques à chaque étape. Mais loin d’y voir un échec, elle préfère parler d’apprentissage. « J’en ai tiré un bagage riche d’enseignements qui me permet aujourd’hui de bâtir des bases plus solides pour mes nouveaux projets », affirme-t-elle.
L’entrepreneure revient également sur une polémique née d’une couverture médiatique laissant entendre qu’elle ne souhaitait plus travailler avec la Guinée. Une affirmation qu’elle dément fermement. « Cette phrase était un cri du cœur, un moment de frustration, très certainement sorti de son contexte », précise-t-elle.
Son attachement à la Guinée demeure intact. « La Guinée est ma source, ma force et aussi mon avenir », martèle-t-elle, affirmant revenir aujourd’hui avec davantage de maturité, de méthode et de détermination, dans un contexte national qu’elle juge propice à la refondation.
Installée en Europe, Fadima Diawara reconnaît y avoir trouvé un certain confort, mais estime que c’est en Guinée qu’elle donne du sens à son engagement. « Chaque défi éducatif, alimentaire ou technologique est une opportunité de contribuer », explique-t-elle.
C’est dans cette logique que s’inscrivent ses deux nouveaux projets phares. Le premier, KFish, ambitionne de moderniser la pisciculture guinéenne grâce à l’Internet des objets (IoT) et à l’intelligence artificielle. Dans un pays au potentiel hydrique considérable mais encore dépendant des importations, l’objectif est d’augmenter la production locale, créer des emplois et renforcer la souveraineté alimentaire.
Le second projet, Future Seeds for Africa, se concentre sur le capital humain. Il vise à offrir aux jeunes et aux enseignants un accès renforcé aux disciplines STEAM, à la robotique et à l’IA, à travers des laboratoires mobiles et des programmes pédagogiques innovants. « Former les esprits aujourd’hui, c’est préparer la souveraineté technologique de demain », souligne-t-elle.
Ces initiatives sont directement nourries par l’expérience Kunfabo. Fadima Diawara dit avoir compris l’importance stratégique de développer les compétences locales. « Nous avons nos propres talents, nous n’avons pas besoin de les chercher ailleurs », affirme-t-elle, convaincue que le développement durable passe par la valorisation des ressources humaines nationales.
À l’endroit des jeunes guinéens et africains qui aspirent à entreprendre, son message est clair : la résilience est le premier capital. Se former, rester structuré, persévérer et tirer parti des réformes actuelles et de la promotion du contenu local sont, selon elle, des leviers essentiels pour transformer les idées en projets viables.
Pour la décennie à venir, Fadima Diawara imagine une Afrique actrice d’une technologie pragmatique, tournée vers la résolution de ses besoins fondamentaux : nourrir, éduquer et produire. Elle souhaite y jouer un rôle actif, à travers des projets à impact réel.
« Je veux pouvoir regarder en arrière et me dire que mon passage sur cette terre a servi, même un tout petit peu, à transformer l’Afrique », conclut-elle.
À travers cet entretien, Fadima Diawara réaffirme une conviction forte : l’innovation, lorsqu’elle est ancrée dans les réalités locales et portée par une vision stratégique, peut devenir un puissant levier de souveraineté et de développement pour la Guinée et le continent africain.
Mountaga Pandiara Diallo pour Planete7.info
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