Guinée : une croissance économique dynamique, mais un effet de réduction de la pauvreté encore insuffisant.

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Conakry– Alors que la Guinée affiche l’un des taux de croissance les plus élevés de la sous-région, une récente analyse de la Banque mondiale relance le débat sur l’efficacité réelle de ce dynamisme économique. Selon cette étude, la croissance guinéenne, pourtant estimée à 7,20 %, reste moins efficace dans la réduction de la pauvreté que celle de plusieurs pays voisins, notamment le Bénin et la Côte d’Ivoire.

Une élasticité préoccupante.

Pour mesurer l’impact de la croissance économique sur la pauvreté, les économistes utilisent un indicateur central : l’élasticité de la pauvreté à la croissance. Il répond à une question simple : lorsqu’un pays gagne un point de croissance, de combien la pauvreté recule-t-elle?

Les résultats publiés par la Banque mondiale sont éloquents :

* En Guinée, un point de croissance entraîne une réduction de la pauvreté de –0,4 point.

* Au Bénin🇧🇯 et en Côte d’Ivoire 🇨🇮, la même unité de croissance réduit la pauvreté de –0,6 point.

Cette différence, en apparence technique, révèle une réalité plus profonde : la croissance guinéenne profite moins directement aux ménages les plus vulnérables.

Comparaison régionale défavorable.

Sur le plan macroéconomique, la Guinée fait pourtant bonne figure. Avec une croissance de 7,20 %, elle surpasse à la fois le Bénin (7 %) et la Côte d’Ivoire (6,40 %).

Mais en termes d’impact social, le rapport s’inverse :

* La croissance ivoirienne et béninoise engendre une réduction plus rapide de la pauvreté.

* Pour obtenir le même effet, la Guinée devrait enregistrer près de 14 %de croissance, si toutes les autres conditions demeurent inchangées.

Cette situation interroge la structure même du modèle économique guinéen, marqué par une forte dépendance aux secteurs extractifs et une faible diffusion des richesses vers les ménages.

Une prospérité statistique qui peine à se ressentir dans les foyers.

Malgré les performances annoncées, de nombreux ménages guinéens continuent d’être confrontés à une hausse du coût de la vie, à des revenus stagnants et à des difficultés d’accès aux services sociaux de base. Pour beaucoup, la croissance reste un concept abstrait, éloigné de la réalité du panier de la ménagère.

Selon plusieurs analystes, ce décalage s’explique par :

* la concentration des investissements dans les secteurs miniers,

* une faible création d’emplois,

* l’insuffisante transformation locale,

* et une redistribution limitée des fruits de la croissance.

Vers un débat national sur l’efficacité de la croissance ?

Face à ce constat, plusieurs experts invitent à ouvrir un débat public sur la nature et l’impact de la croissance en Guinée. Ils appellent à des politiques économiques davantage tournées vers :

* la réduction des inégalités,

* le soutien aux PME,

* la dynamisation du secteur agricole,

* et une gouvernance plus rigoureuse de la dépense publique.

L’objectif : s’assurer que la prospérité macroéconomique se traduise enfin par une amélioration tangible des conditions de vie des Guinéens.

 

Abdourahamane Nabé

Observateur des questions sociales et de gouvernance

drastone70@gmail.com

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