Tribune: quand la justice perd le nord

Il est des juges qui font honneur à la toge, et d’autres qui la froissent sous le poids de leurs penchants.
Au tribunal de Mafanco, un nom revient souvent dans les murmures feutrés des couloirs : celui d’un magistrat qui semble avoir perdu le nord de sa boussole judiciaire.
Appelons-le simplement le juge B., non pour l’accuser, mais pour symboliser cette dérive silencieuse qui, hélas, ternit la noble institution qu’il représente.
Car la Justice, en Guinée comme ailleurs, n’est pas un simple marteau qui frappe au gré de l’humeur.
Elle est un phare dressé au-dessus des passions humaines, un repère moral censé éclairer la République.
Mais lorsque celui qui tient la lanterne la braque sur lui-même plutôt que sur la vérité, c’est le citoyen qui trébuche dans l’ombre.
Les Ombres d’un Tribunal sans Lumière
Les anecdotes se multiplient, comme autant d’éclats d’un miroir fissuré.
L’année dernière, dans une affaire domaniale, alors que la loi exigeait la convocation régulière des témoins, le juge B. préféra clore l’affaire d’un revers de main, sans audience complète, au mépris du Code de procédure.
Ce geste, banal en apparence, fut un séisme pour celui qui croyait encore que la justice écoute avant de trancher.
Devant des preuves aussi flagrantes qu’un soleil de midi, le juge B. choisit d’interpréter la loi comme on plie une règle tordue pour lui faire dire ce qu’on veut.
Le droit, sous sa plume, devint un texte à géométrie variable : aujourd’hui carré, demain rond, selon la direction du vent.
Le justiciable en sortit vidé, persuadé que la vérité n’a plus de siège à Mafanco.
Et que dire de ces audiences théâtrales, où le tonnerre de sa voix couvre les arguments, où les mots des avocats se brisent contre un mur d’orgueil ?
Un juge qui tranche avant même d’écouter ne rend pas justice : il distribue des sentences comme un commerçant distrait rend la monnaie — sans jamais lever les yeux vers le visage du client.
Dans le même dossier, il refusa d’entendre les coutumiers, sous prétexte que “les papiers sont déjà sur ma table.”
Ah, ces papiers ! Ils semblent pour lui plus éloquents que les témoins, plus vivants que les justiciables.
Peut-être croit-il que la vérité dort dans les dossiers, entre deux trombones.
Ce jour-là, le tribunal de Mafanco perdit un peu de son honneur.
Et les citoyens, eux, perdirent beaucoup de leur confiance.
Quand la Loi devient un accessoire
Le juge B. continue de faire des victimes, en tordant le cou à la loi et même à la nouvelle Constitution, qui exige que la Justice soit rendue avec impartialité, indépendance et respect des droits fondamentaux.
Ce n’est pas seulement la lettre de la loi qu’il bafoue, c’est son esprit même.
Et pourtant, les fondements mêmes de la justice sont sacrés.
Le Saint Coran le rappelle avec une clarté divine.
Dans la Sourate An-Nisa (verset 58) :
“Allah vous commande de rendre les dépôts à leurs ayants droit. Et quand vous jugez entre des gens, de juger avec équité.”
Et dans la Sourate Sad (verset 26) :
“Juge donc en toute équité parmi les gens et ne suis pas la passion, sinon elle t’égarera du sentier d’Allah.”
Mais à entendre le juge B, on croirait parfois qu’il a pris la passion pour assistante et l’orgueil pour greffier.
Quand un juge oublie ces paroles sacrées, il ne s’égare pas seulement du droit — il s’éloigne du Juste.
Et la justice qui s’éloigne du Juste n’est plus qu’une façade : un théâtre d’apparences où l’équité se fait spectatrice.
Quand la Boussole se Dérègle
Chaque fois qu’un verdict chancelle sur les fondations de l’injustice, c’est toute la République qui tremble.
La justice guinéenne, déjà fragile par endroits, ne peut porter le fardeau de ceux qui confondent autorité et arrogance, fonction et domination, responsabilité et caprice.
Le juge B. n’est pas seulement un magistrat : il est devenu le miroir de nos manquements collectifs, de notre tolérance à l’inacceptable, de notre silence face à l’arbitraire.
Mais que l’on ne s’y trompe pas : le peuple voit, entend et retient.
La conscience d’une nation finit toujours par sonner plus fort que la cloche du tribunal.
Entre Ombre et Lumière
Pourtant, tout n’est pas perdu.
Car au milieu de ces ombres persistent encore des juges droits, humbles, rigoureux — des femmes et des hommes de Mafanco et ailleurs en Guinée qui rendent à la justice son visage humain et sa voix claire.
À ceux-là, hommage.
Vous êtes les sentinelles d’un État encore debout, les gardiens de la dignité du justiciable.
Mais à ceux qui se servent de la robe comme d’un manteau d’impunité, qu’ils entendent ceci :
le peuple ne baisse pas la tête.
Et le jour viendra où le silence cessera d’être complice.
Halte à ceux qui manquent à leur devoir.
Honneur à ceux qui font la fierté de la Justice guinéenne.
Signé : Un Citoyen
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