Paul Théa redonne voix à l’histoire oubliée du Rio Pongo
À travers son livre “La traite négrière au Rio Pongo”, l’écrivain et réalisateur guinéen exhume une mémoire enfouie et invite les Africains à se réapproprier leur histoire.

« C’est une période douloureuse, mais c’est aussi une période passionnante. » Ces mots de Paul Théa résonnent comme une invitation à revisiter une page sombre mais essentielle de l’histoire guinéenne et africaine. Dans son nouvel ouvrage intitulé « La traite négrière au Rio Pongo », l’auteur plonge au cœur d’un passé longtemps méconnu, celui de la traite négrière sur les côtes guinéennes.
Ancien étudiant en économie d’entreprise et en gestion informatique, aujourd’hui installé aux États-Unis où il exerce dans la communication, Paul Théa n’en est pas à sa première exploration culturelle. Réalisateur du documentaire sur le légendaire club Hafia FC et auteur de plusieurs films, il cumule plus de 300 vidéos sur YouTube. Mais c’est sa curiosité autour d’un port mystérieusement appelé “Port négrier”, à Domina, qui a été le point de départ d’une aventure historique de plus de cinq ans. « Au départ, je n’avais pas l’intention d’écrire un livre. C’est en réalisant un documentaire que je me suis demandé pourquoi on appelait cet endroit le port négrier. Et de fil en aiguille, j’ai découvert qu’on y embarquait directement des esclaves pour l’Amérique », confie-t-il.
Sa rencontre avec Bruce Mouser, historien américain spécialiste du Rio Pongo et du Rio Nunez, fut déterminante. De leurs échanges et de la lecture des travaux de Mouser est née une passion dévorante pour cette partie oubliée de l’histoire guinéenne.
Paul Théa entreprend alors de longues recherches, nourries d’archives, de récits locaux et de témoignages, qu’il publie régulièrement sur Facebook. Le public s’en empare, s’émeut et le pousse à aller plus loin : « Les Guinéens partageaient beaucoup mes publications, certains me disaient : “il faut en faire un livre, sinon tout ça va se perdre.” »
Ainsi naît La traite négrière au Rio Pongo, un ouvrage dense, documenté et émouvant, où l’auteur raconte comment des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants furent arrachés à leurs terres pour être déportés vers Charleston, Cuba, le Brésil ou les États-Unis.
Il y évoque également les royaumes de Moria, Sumbuya et Bena, les accords passés entre négriers et chefs locaux, les révoltes d’esclaves, notamment celle de Moriah « la plus grande connue en Afrique de l’Ouest », précise-t-il.
Au-delà du récit historique, le livre de Paul Théa est un plaidoyer pour la reconnaissance et la transmission de la mémoire guinéenne. L’auteur déplore l’ignorance de ces faits par les jeunes générations : « Les Guinéens ne connaissent pas leur histoire sur la traite négrière. On lit souvent l’histoire des autres, mais rarement la nôtre. Pourtant, il y a beaucoup de choses à découvrir sur nos côtes. »
Il met également en lumière des figures féminines méconnues de cette époque, telles qu’Elizabeth Fraser Skelton, Marie Faber ou Nyarabeli (Elisabeth Baile Gomez), qu’il décrit comme « des femmes puissantes et influentes du Rio Pongo et de Sumbuya ».
Ces découvertes, enrichies de nouveaux éléments historiques, nourrissent déjà ses futurs projets : un film d’animation sur la révolte des esclaves de Moriah, et d’autres livres à venir.
Pour Paul Théa, revisiter ce passé n’est pas un exercice de culpabilité, mais un acte de vérité et de fierté. Il plaide pour que les sites négriers guinéens soient classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO, afin de préserver la mémoire et d’encourager le tourisme culturel. « C’est notre histoire. Nous devons dire ce qui est bien, ce qui ne l’est pas, ce que nos aïeux ont fait. C’est en assumant notre passé qu’on en tire les leçons pour l’avenir. »
Son message s’adresse surtout à la jeunesse : lire, découvrir, comprendre et transmettre. « Les jeunes doivent lire. La lecture, c’est la mémoire collective. C’est en lisant qu’on se connaît soi-même et qu’on construit son avenir. »
Avec La traite négrière au Rio Pongo, Paul Théa ne se contente pas de documenter un pan oublié de l’histoire : il ravive une mémoire collective et pose les bases d’une réappropriation culturelle nécessaire.
Entre rigueur historique et sensibilité humaine, son livre s’impose comme une référence pour quiconque souhaite comprendre les racines profondes de la Guinée et du monde noir.
Une œuvre à lire, à enseigner, à transmettre car, comme le rappelle son auteur, “écrire notre histoire, c’est aussi affirmer notre dignité.”
Mountaga Pandiara Diallo pour Planete7.info
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