Confiscation du pouvoir, dérives autoritaires et mirage minier : l’alerte de Mamadou Baadiko Bah

Dans une déclaration incisive et sans détour, Mamadou Baadiko Bah, président du parti Union des Forces Démocratiques (UFD), dresse un constat alarmant sur la gouvernance actuelle du pays sous la junte du CNRD. Trois ans après le coup d’État du 5 septembre 2021, l’homme politique dénonce une « volonté farouche de confiscation du pouvoir » accompagnée de « violations graves des droits fondamentaux », un recul démocratique inquiétant qu’il qualifie de « dérive autoritaire assumée ».
Au lendemain du coup d’État, l’UFD affirme avoir tendu la main aux nouvelles autorités pour amorcer une transition apaisée et réformatrice. « Nous avons salué certaines initiatives du CNRD, notamment en matière de justice et d’assainissement des examens », rappelle-t-il. Des propositions concrètes avaient été formulées, notamment sur le plan institutionnel. Mais très vite, les illusions se sont dissipées. « Cette main tendue n’a jamais été acceptée », déplore Baadiko Bah, qui y voit le refus de toute collaboration avec les forces politiques indépendantes.
Le président de l’UFD dénonce une série d’actes qu’il considère comme des atteintes graves aux droits de l’homme : enlèvements, disparitions, répression de l’opposition, interdiction des médias critiques, et même, plus récemment, des emprisonnements pour motifs religieux. « À Mali et M’Bérén, des citoyens ont été condamnés pour avoir simplement prié à une autre date que celle imposée par les autorités », s’insurge-t-il, dénonçant une intrusion inédite du pouvoir dans les consciences et la pratique religieuse. Pour lui, ces faits marquent un point de bascule : « Nous ne sommes plus dans l’islam de nos ancêtres, mais dans une dérive vers le fétichisme d’État. »
L’un des rares motifs de satisfaction évoqués par Baadiko Bah est l’acquittement de prévenus à Siguiri, où des juges ont, selon lui, « fait preuve d’indépendance et d’honnêteté ». Un acte qu’il salue comme un signal d’espoir dans un contexte de pression généralisée sur les magistrats. « Nous encourageons tout le corps judiciaire à poursuivre sur cette voie », plaide-t-il, voyant dans la justice indépendante la pierre angulaire d’un État de droit véritable.
En matière économique, Mamadou Baadiko Bah tire la sonnette d’alarme sur la dépendance quasi-totale de la Guinée à l’exploitation minière. « Depuis 1958, notre économie repose sur les mines, qui représentent 98% de nos exportations. Et pourtant, les régions minières sont les plus dévastées et les plus misérables », observe-t-il, rappelant que la Guinée était autosuffisante en agriculture à l’indépendance. Pour lui, le « mythe du Simandou » vendu par le CNRD comme solution miracle n’est qu’une fuite en avant : « Qu’on regarde la RDC ou la Zambie, on verra que le tout-minier mène à l’impasse. »
Face à ce tableau sombre, Mamadou Baadiko Bah insiste sur le besoin pressant de refonder les institutions. Il appelle à une gouvernance vertueuse, à l’application stricte de la loi sur la déclaration de patrimoine et à la fin du monopole étatique sur les libertés. Son engagement, affirme-t-il, « ne vise ni les postes ni la reconnaissance personnelle », mais repose sur un devoir citoyen : « Défendre le pluralisme démocratique, les libertés fondamentales, et la dignité du peuple guinéen. »
Alors que le retour à l’ordre constitutionnel tarde à se concrétiser, cette prise de parole tranche par sa clarté, sa fermeté et sa lucidité. Elle résonne comme un cri d’alarme lancé à la société civile, aux forces politiques et aux partenaires internationaux : la démocratie guinéenne vacille, et le temps presse pour la sauver.
Mountaga Pandiara Diallo pour Planete7.info
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