Liberté de la presse : le SPPG alerte sur des pressions croissantes en Guinée

À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le Syndicat des Professionnels de la Presse de Guinée (SPPG) a livré une déclaration poignante, dénonçant les nombreuses atteintes à la liberté de la presse dans un pays en transition militaire. Une prise de parole qui résonne comme un cri du cœur, à l’heure où le paysage médiatique guinéen traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire.
Alors que l’UNESCO a placé cette édition 2025 sous le thème « Informer dans un monde complexe : l’impact de l’intelligence artificielle sur la liberté de la presse », le SPPG a choisi de recentrer la réflexion sur la réalité guinéenne : « Informer dans un pays en transition militaire : l’impact de la fermeture des médias sur les conditions de vie des journalistes et l’avenir du journalisme indépendant ».
Une thématique lourde de sens, au regard des événements survenus ces deux dernières années. Retrait d’agréments de radios et télévisions, suspensions arbitraires de journalistes, disparitions inquiétantes — dont celle, non élucidée, de Habib Marouane Camara, intimidations, séquestrations, censures, autocensures : le bilan dressé par le SPPG est alarmant.
Le rapport annuel du syndicat, pour l’année 2024, est sans appel : 70 violations graves recensées contre 23 en 2023, soit une hausse de 204 %. La Guinée, qui occupait le 78ᵉ rang mondial du classement de Reporters sans frontières en 2024, a plongé à la 103ᵉ position en 2025 la plus forte régression enregistrée cette année à l’échelle mondiale.
« Nous sommes passés de pays en situation problématique à celui en situation difficile », déplore le SPPG, qui appelle à une prise de conscience collective et à l’ouverture d’un dialogue sincère entre les autorités, les acteurs du secteur et la communauté internationale.
La déclaration du syndicat s’appuie sur une solide architecture juridique. De la Déclaration universelle des droits de l’homme à la Charte africaine sur la démocratie, en passant par l’Accord de Samoa ou encore la Déclaration de Windhoek de 1991, le SPPG rappelle que la liberté de la presse est un droit fondamental universellement reconnu et indispensable au progrès démocratique et au développement économique.
Le syndicat n’omet pas la législation nationale, citant notamment la Charte de la transition, qui garantit à l’article 19 le droit à l’information, ainsi que les lois L02 (dépénalisation des délits de presse), L027 (accès à l’information publique), et L010 (organisation de la Haute Autorité de la Communication).
Dans une approche méthodique, le SPPG adresse des recommandations claires et ciblées à plusieurs entités clés :
Aux autorités nationales :
- Rétablir les médias fermés ;
- Publier les conclusions sur la disparition d’Habib Marouane Camara ;
- Garantir la sécurité des journalistes ;
- Associer le SPPG aux réformes du secteur ;
- Honorer les engagements internationaux en matière de liberté d’expression ;
- Revaloriser la subvention à la presse, en incluant le syndicat ;
- Garantir une représentation équitable du SPPG à la HAC.
À la Haute Autorité de la Communication (HAC) :
- Lever la suspension du journaliste Toumany Camara et de son site Presse Investigation ;
- Intégrer les recommandations juridiques du SPPG sur les questions de diffamation.
Aux patrons de presse :
- Signer une convention collective avec le syndicat ;
- Renforcer la formation continue des journalistes.
À la communauté internationale :
- Défendre la liberté de la presse et la sécurité des journalistes ;
- Soutenir les efforts de formation des journalistes en amont des échéances électorales ;
- Appuyer les démarches de médiation engagées par les Nations unies.
Dans un climat de répression croissante, le SPPG appelle à la responsabilité professionnelle des journalistes, insistant sur l’importance du respect des principes éthiques : vérification des faits, croisement des sources, respect de la vie privée, refus de toute propagande haineuse. Mais le syndicat le martèle : les journalistes ne peuvent jouer leur rôle sans liberté, protection et soutien institutionnel.
Cette Journée mondiale de la liberté de la presse 2025 aura donc été, en Guinée, plus qu’une simple commémoration. Elle aura été un appel à sauver un pilier fondamental de toute société démocratique : une presse libre, indépendante et pluraliste.
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